Entre BM et BU : les usages des étudiants

Marie-Dominique Heusse, directrice du SICD de l’Université de Toulouse (modératrice)

Etudes sur les pratiques des étudiants : la lecture étudiante a fait l’objet de travaux, comme ceux d’Alain Coulon. On relève une corrélation entre la fréquentation de la bibliothèque et la réussite étudiante. Importance de l’apprentissage d’une méthode de travail, pour maîtriser la recherche documentaire.

Mission lecture étudiante avec le sociologue Emmanuel Fraisse.

Evaluer, cerner les pratiques : d’une pratique encadrée en lycée au fait d’être livré à soi-même à l’université.

Daniel Renoult, doyen de l’IGB

La transition entre lycée et université : un domaine d’enquêtes peu étudié

Depuis 20 ans, la proportion d’une classe d’âge qui obtient le bac a doublé. Elargissement de la proportion d’entrée à l’université.

Etudiants : plus du tiers d’une tranche d’âge, plus de 40% des jeunes.

Le poids des différences socio-culturelles reste très fort. L’origine sociale des élèves des prépas n’a pas changé depuis les années 60. Les boursiers du secondaire osent moins s’inscrire dans le supérieur que les autres lycéens.

Objectif : aider les jeunes à mieux s’insérer.

Le taux d’échec en 1re année est important et la réorientation se fait au détriment d’année perdue.

Le taux de bacheliers généraux qui s’orientent vers l’enseignement supérieur a tendance à baisser. Bac général : la moitié des bacheliers.

Loi de 2005 : l’objectif est d’amener 50% d’une classe d’âge à un diplôme d’études supérieures.

Apprentissage du métier d’étudiant : concrétiser un projet d’études, préciser le débouché professionnel, acquérir de nouveaux repères, enrichir ses méthodes de travail, partenariats université/lycées.

L’accompagnement doit être continu et précoce.

Les BM, BU et établissements doivent travailler ensemble.

Exemple de l’université d’Evry Val d’Esonne.

La BU a élaboré un programme de sensibilisation, « ambition de l’enseignement supérieur », destiné aux acteurs du secondaire. Réunions de travail sur l’insertion et l’orientation ont débouché sur un programme de travail commun.

La BU a formé en amont les documentalistes de lycée et les lauréats du CAPES de documentation.

Accueil de groupes de lycéens par les étudiants, accueil de groupes d’étudiants avec leurs tuteurs. Objectif : donner accès à la BU aux lycéens accompagnés de leurs tuteurs. Les lycéens ont une carte d’accès à la BU gratuite.

Tuteurs : étudiants de master sont employés à des tâches de formation, ils sont formés à l’utilisation des ressources documentaires pour l’université. La formule est très appréciée des lycéens : ce sont des interlocuteurs à la fois qualifiés et accessibles : formation par les pairs.

Documentalistes se conçoivent comme des professeurs documentalistes, pas les bibliothécaires.

La transition du scolaire vers le supérieur relève de la médiation.

Thème de la transition = thème de pilotage de la bibliothèque. Doit se faire au profit de l’usager.

Perspectives communes pour les bibliothèques : domaines des acquisitions, de l’accueil et de la coordination des horaires d’ouverture.

Objectif commun : élargissement de la base sociale de la lecture publique.

Laurence Le Douarin et Ségolène Petite

Les étudiants de la médithèque Jean Lévy de Lille

Enquête commanditée par la BM de Lille.

Double objectif : connaître les publics fréquentant de la médiathèque, étudier les usages de ces publics dans les espaces.

Question des « séjourneurs » qui sont là mais n’empruntent pas.

Distribution d’un questionnaire auprès des personnes fréquentant la salle de lecture et enquête ethnographique.

La population étudiante de la médiathèque est une population féminine, inscrite en 1er cycle (santé), souvent inscrite à la médiathèque.

Plusieurs modalités d’usage de la bibliothèque : étudiants « consulteurs », « séjourneurs » et « plurivalents ».

Séjourneurs : 41%, travaillent sur leurs documents personnels, ne sont pas abonnés. Ils utilisent la bibliothèque comme n’importe quel espace de travail (ils y mangent, boivent, téléphonent).

Consulteurs : 42%, proches des précédents. Consultent internet sur les postes mis à disposition par la bibliothèque et consultent des ouvrages en accès libre.

Plurivalents : 17%, ils travaillent sur leurs propres documents, consultent internet, les documents en accès libre et en accès indirect. Ils sont inscrits à la bibliothèque.

Occupation des espaces de la bibliothèque : les séjourneurs et les consulteurs sont semi-sédentaires. Les consulteurs occupent la salle d’actualité pour la recherche documentaire et la messagerie électronique. Les séjourneurs fréquentent le hall pour le temps de pause et leur sociabilité (va-et-vient participe du respect de la salle de lecture). Plurivalents sont des nomades qui fréquentent tous les espaces.

Les séjourneurs sont souvent en premier cycle, dans les domaines de la santé ou du paramédical. Les plurivalents ont déjà un DEUG ou une licence et poursuivent leur formation (lettres, langues et arts, sciences humaines). Les consulteurs poursuivent leurs études en 2nd cycle (lettres, langues et arts, sciences et techniques).

La discipline étudiée entraîne des disparités dans les usages et leurs usages renvoient aux prescriptions universitaires.

Motifs de la venue : – les consulteurs et séjourneurs viennent : pour l’espace de travail, le calme et le silence, parce que la bibliothèque est située en centre-ville, pour le potentiel documentaire du lieu, parce que la BU est fermée ou à cause du manque de la BU, pour l’anonymat offert par la médiathèque (pas d’inscription, isolement et tranquillité vis-à-vis des autres étudiants).

– les plurivalents viennent pour la variété des services offerts. Ils butinent et leur temps de travail n’est pas homogène.

Fonctions de la salle de lecture : lieu propice à la concentration. Mais la bibliothèque constitue en elle-même un motif de déconcentration. La bibliothèque apparaît d’abord comme un lieu de travail, enrichi de documents.

Tous ces étudiants fréquentent une BU, les plurivalents fréquentent aussi les bibliothèques de quartier.

La médiathèque ne constitue qu’un maillon de la chaîne de recherche de l’information. Complémentarité des bibliothèques fréquentées.

Avantages du travail en médiathèque : calme, documentation accessible, lieu agréable avec diversitissments possibles (lectures loisirs, …).

Ronan Vourc’h et Sandra Zilloniz, ingénieurs d’études à l’observatoire national de la vie étudiante (OVE)

Données de cadrage sur l’utilisation des bibliothèques par les étudiants

Enquête « conditions de vie des étudiants »

Couvre les ¾ des filières.

Place du livre dans le monde étudiant, mode d’accès au livre, regards des étudiants sur la BU.

Étudiants de lettres, SHS sont plus de 50% à posséder plus de 100 livres, 42% droit, 37% sciences, 30% CPGE, 30% IUT, 27% santé, 23% STS.

Plus les étudiants avancent dans leurs études, plus ils possèdent de livres car ils visent à s’intégrer dans des milieux socio-professionnels où la présence du livre est naturelle.

La proportion de la bibliothèque personnelle des étudiants a décru, la proportion d’étudiants dont les parents ont une bibliothèque a augmenté.

Genres de livres lus : romans, nouvelles ; BD ; policiers ; sciences humaines et sociales ; SF…

Modalité d’accès aux livres : 67,5% achètent (barrière financière pour l’achat des livres, dépend des revenus des parents), 38,9 empruntent à la bibliothèque, 26,5% empruntent à des amis, 17, 6 empruntent à leurs parents (dépend du niveau d’études des parents), 5% font des photocopies.

Proportion des étudiants qui empruntent fréquemment en bibliothèque : 37% de LLSH, 14% IUT et 12% STS. Les emprunts sont liés à l’origine sociale des parents, au fait qu’ils possèdent une bibliothèque personnelle.

La proportion des étudiants qui empruntent (33%) est stable.

25% des étudiants déclarent travailler régulièrement en bibliothèque, ce chiffre reste stable.

Fréquentation des BU par les étudiants et leur évolution

Fréquentation régulière des BU : 50% des étudiants s’y rendent une fois par semaine (2006) contre 54% en 1997.

Le nombre d’étudiants qui ne va jamais en bibliothèque a augmenté : de 10% à 13%.

Fréquence du recours à la BU dépend du type d’études suivi (variable la plus discriminante pour les pratiques de lecture).

Étudiants qui sont des rares utilisateurs de bibliothèques : STS, IUT.

La baisse de la fréquentation a doublé chez les étudiants de STS et IUT, elle est moins notable chez les principaux utilisateurs (SHS, droit).

Les étudiants se déclarent plus satisfaits de leurs bibliothèques en 2006 qu’en 1997 par rapport au manque de place, de calme et d’ouvrages. Horaires d’ouverture : autant de mécontents.

Presse quotidienne : la lecture a augmenté (gratuits).

Les étudiants lisent différemment.

Questions/interventions

Les enquêtes portent-elles sur les usages de la bibliothèque électronique sur internet ? (modératrice)

Ronan Vourc’h : l’introduction d’internet dans les enquêtes a eu lieu et elles sont progressivement affinées mais il n’y a pas encore de questions précises sur ce thème, ni sur les environnements numériques de travail. la prochaine enquête va prendre en compte l’utilisation des ressources électroniques.

Un intervenant (BM de Reims) soulève le problème des étudiants qui cherchent le calme à la bibliothèque et des familles plus bruyantes que l’on cherche à faire venir dans les locaux. Un nouveau modèle est à imaginer.

Les pratiques sont similaires dans les établissements, d’où l’importance des enquêtes spécialisées. C’est la recherche d’information dans son ensemble qui doit être considérée, pas le livre en tant que tel. Le but des bibliothécaires est d’intégrer les étudiants de la net génération à un parcours universitaire. (BM américaine de Paris, Jorge Sosa).

Concertation des établissements est encore trop limitée et isolée. Politique de l’état ? Cadre d’une concertation sachant que les tutelles sont différentes ? (Jacques Sautron, bibliothèque d’étude et d’information de Cergy-Pontoise)

Daniel Renoult : l’état s’intéresse à l’élargissement des horaires et les collectivités territoriales qui financent les nouveaux projets poussent à des partenariats. Le problème est que la conception des métiers n’est pas la même entre professeur-documentaliste et bibliothécaire. Les partenariats sont possibles dès qu’ils s’insèrent dans une action générale avec les villes et les régions. Il faut aussi que les présidents d’université s’investissent.

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