À la recherche de nouveaux territoires d’observation : architecture, design

Sessions 3 et 4 du Congrès, vendredi 12 juin en matinée.

M. Pierre Franqueville, modérateur pour cette double session, avait fait le choix d’ouvrir les perspectives des congressistes en invitant des personnes plutôt éloignées du monde des bibliothèques.

L’intervention de M. Gérard Laizé, directeur du VIA (Valorisation de l’innovation dans l’ameublement), une agence dédiée à la découverte et à la promotion de jeunes talents dans le design, a suscité des sentiments partagés dans la salle, entre enthousiasme et agacement devant ses positions quelques peu provocatrices.

Critique envers les réalisations de design qu’il avait pu observer dans le salon professionnel, M. Laizé s’est présenté comme un « prospectiviste » : en observant les valeurs, les modes de vie d’aujourd’hui et les innovations technologiques qui dessinent notre cadre de vie de demain, il espère pouvoir proposer des espaces et des mobiliers appropriés à nos besoins actuels et futurs.

Après avoir rappelé fort opportunément que dans le monde complexe qui est le nôtre, il ne saurait y avoir de solutions simples, M. Laizé nous a donc, de façon îconoclaste et en nous abreuvant de belles images, présenté le monde du XXIè siècle : une civilisation de l’intelligence, caractérisée par la fusion entre le réel et le virtuel ; une civilisation du méga, qui nécessite, pour impressionner les jeunes, d’en faire toujours « plus » ; un monde urbain et métissé, avec une espérance de vie plus longue, de nouvelles structures familiales… De nombreux paradoxes aussi : on se recentre sur sa maison, mais celle-ci est ouverte en permanence au monde grâce à l’internet et aux nouvelles technologies ; on cherche ses racines tout revendiquant le partage des cultures et le métissage…

Tout cela dessine une « génération vautrée », qui cherche à la fois la liberté et le confort, et veut tout tout de suite! Pour un designer, il s’agira alors de repenser la simple et classique « chaise » en une structure adaptable aux besoins immédiats, mais en même temps harmonieuse… Car un des éléments majeurs du confort, c’est malgré tout cet ordre, cette harmonie.

Comment ne pas subir ces usages? Comment s’adapter dans nos bibliothèques à ces nouveaux besoins tout en conservant notre spécificité, ce qui fait que nous restons des lieux à part? M. Laizé nous conseille d’avancer à petit pas : le monde des bibliothèques doit garder son sens tout en progressant par touches vers une meilleure insertion dans ce XXIè siècle fluctuant et nomade qui s’annonce.

Isabelle Lesaux, architecte, et Stéphane Dekindt, designer spécialistes au sein du groupe AREP de la conception des gares et des trains, nous on montré ensuite comment concevoir des lieux de vie pour les gens en mouvement. On retrouve en effet dans la conception actuelle des gares des problématiques proches des bâtiments de bibliothèques : autrefois lieux avant tout utilitaires, ils sont devenus des lieux de vie, où la nécessité du confort prend une place de plus en plus grande.

Abolir les contraintes spatiales, permettre aux usagers de « pré-voir » l’espace qu’ils vont traverser pour gagner du temps, dans des espaces de moins en moins identifiés (on travaille et on se détend successivement au même endroit), sont autant de défis à relever dans les nouvelles gares. Pour améliorer la fluidité, on essaie donc de concevoir des espaces sans escaliers, sans différences de niveaux, munis de portes automatiques, de rampes d’accès…

L’acoustique est, d’autre part, précisément analysée : chaque espace « résonnant » différemment, cet élément devient un plus pour favoriser l’orientation des usagers, en particulier non-voyants.

La réflexion énergétique est également essentielle dans les perspectives de développement durable : plutôt que la climatisation dans l’ensemble du bâtiment, on privilégie des points très localisés de confort thermique : braséros, brumisateurs…

Enfin, c’est par l’ouverture à la ville que la gare se conçoit comme « lieu de vie » : les frontières entre l’espace public et les commerces sont de moins en moins évidentes, et ces derniers sont repensés dans un mode « tout en un » : café, librairie, billeterie peuvent être par exemple réunies pdans un objectif de mutualisation de la fonction des lieux comme du personnel.

Un élément qui nous a semblé particulièrement proche de problématiques propres au monde des bibliothèques est la question de l’accueil : chaque banque ou poste d’accueil est réfléchi au millimètre près afin de mettre l’usager et l’agent dans la meilleure position de dialogue possible.

Stéphane Dekindt nous a montré plus précisément comment cette diversité des usages était gérée dans un espace aussi réduit que le train : il nous a montré les efforts fait pour différencier des espaces aux ambiances variées : « cosy » ou « panoramiques ». Le train peut être également conçu comme une rue afin de faire cohabiter à la fois une fluidité de circulation et des espaces plus individualisés.

Mme Dominique Jakob et M. Brendan Mac Farlane, (collectif d’architectes Jakob+MacFarlane) créateurs à la fois d’architecture et de mobilier, nous ont présenté leurs réalisations : Centre Georges Pompidou en 1999, librairie Florence Loewy à Paris en 2001,  « Chambre rouge » en 2006…

Ce qui revient dans leur réflexion c’est la recherche d’un espace à la fois alvéolaire et poreux pour permettre l’isolement comme la sociabilité de l’usager.

2922_imgInstitutionModif_librairieloewyEtagères à la librairie Loewy, Paris

La dernière présentation a été celle de M. Olivier Bergeron, directeur de l’agence de production et de design « By Volta ». Cette agence essaie d’intégrer les possibilités d’usages plus intuitifs des nouvelles technologies, avec des interfaces tactiles de type « multi-touch interaction experiment ». Les réalisations effectuées dans des espaces aussi divers qu’un bar à champagne à Moscou (« Bubble Bar ») et une Fnac (Fnac Montparnasse) montrent comment ces nouvelles interfaces peuvent, tout en valorisant des espaces devenus « polysensoriels », provoquer le lien entre l’usager et le contenu.

v_audioactive3vitrine audioactiveExemple de « vitrine audioactive » à la Fnac Montparnasse (By Volta)

Le mobilier devient un « objet-réseau », lui-même porteur de contenu. L’information surgit directement de celui-ci. M. Bergeron a ainsi terminé sa présentation en nous montrant un « meuble-livre » appelé « Magic Book », qui intègre la projection vidéo d’un livre dont on tourne les pages en faisant glisser sa main au-dessus.

M. Gérald Grundberg, délégué aux relations internationales à la Bibliothèque nationale de France, avait été invité par M. Franqueville à faire l’exercice difficile d’une synthèse entre les différentes interventions proposées et les perspectives que cela pouvait ouvrir pour le monde des bibliothèques.

M. Grundberg s’inscrit en porte-à-faux par rapport à certaines visions du monde des bibliothèques qui sont ressorties du discours de M. Laizé. Il rappelle que si l’ordre est un principe conducteur pour une bibliothèque, en aucun cas cela ne veut dire uniformité, modèle unique ou figé. Il rappelle que les différentes postures de lectures ainsi que la notion de « niche » sont depuis plusieurs années déjà au coeur de la réflexion des bibliothécaires et des architectes qui travaillent avec eux.

Il rejoint M. Laizé sur la problématique qui devient celle des bibliothèques aujourd’hui: conjuguer cet ordre, cet ordonnancement nécessaire, et la demande croissante de liberté de la part de nos usagers. Si un usager, après avoir travaillé à une place, souhaite s’y détendre, va-t-on lui demander de changer d’endroit? Comment lui permettre d’être soit isolé, soit ouvert au groupe, tout en restant au même endroit?

Il rappelle que la bibliothèque doit rester pourtant un lieu de résistance par rapport au temps de l’espace marchand : il s’agit d’une utopie certes, mais d’une utopie dynamique et qu’il nous faut assumer.

Il conclut sur la notion de « niche », à laquelle il faudrait plutôt substituer aujourd’hui selon lui la notion de « coquille », qui représente mieux selon lui cet espace à la fois ouvert et fermé, transparent et opaque, individuel et collectif, et enfin transportable, que nous recherchons.

2 réponses à “À la recherche de nouveaux territoires d’observation : architecture, design

  1. Cette recherche est plus qu’intéressante !

  2. Very energetic blog, I enjoyed that a lot. Perhaps there is a part 2? bdfeeaaggdec

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