Atelier 3 : Rénovation et nouvelle organisation des espaces : l’exemple de la Ville de Paris

Atelier du jeudi 11 juin 2009, 17 h

Les intervenants :

Jean-François Jacques (modérateur), Responsable opérationnel, Bureau des Bibliothèques, de la lecture publique et du multimédia, service des publics et du réseau, Ville de Paris

Francis Verger, Responsable de la cellule Nouveaux équipements et restructurations, Ville de Paris

Jean-François Bargot, Responsable, Bibliothèque Trocadéro

Maria Courtade, Responsable, Bibliothèque Marguerite-Audoux

Intervention de Jean-François Jacques

Il n’était pas dans l’esprit de cet atelier de donner des leçons, mais dans le contexte du thème de ce congrès accueilli à Paris, une présentation des équipements parisiens s’imposait. Le programme du congrès prévoyant d’ailleurs le dimanche 14 juin, la visite d’un certain nombre de bibliothèques parisiennes.

Ces dernières années ont été riches en constructions et en rénovations. Le bureau des bibliothèques de la ville de Paris aussi bien que les responsables des différents établissements se sont efforcés de développer une réflexion sur l’évolution qu’il y a à apporter à la conception des bibliothèques

Le contexte est complexe, l’existant est très divers : plus de 60 bibliothèques. Un paysage très varié où coexistent des bibliothèques dans leur jus dont la construction remonte à la fin du XIXe, des bibliothèques installées dans des mairies ou des annexes de mairies (ex. : une bibliothèque de 100 M2 dans les combes de l’Hôtel de Ville du 3ème arrondissement), d’autres bibliothèques représentatives de différentes époques des dernières décennies : Vaugirard, 15e, la bibliothèque Melville, la bibliothèque Buffon dont la façade pourrait ressembler à celle d’un supérette, la bibliothèque de Goutte d’or dans un immeuble construit en hauteur.

Paris étant la capital d’Europe la plus petite et la plus dense, (superficie 105 km2 avec 20 000 habitant /km2) avec un coût du foncier extrêmement cher, il y a une grande difficulté pour la ville de dégager de nouveaux espaces.

La conception des espaces intérieurs des bibliothèques a suivi un peu cette même évolution avec un cloisonnement de des espaces, et une sur-densification des collections. La surface moyenne de bibliothèque par habitant est la plus faible des grandes villes françaises. Les collections ont fini par envahir la totalité des espaces au fil des années, et l’on se retrouve avec des équipements dans lesquels il est très difficile d’insérer le multimédia, de nouveaux services, et de prendre en compte les nouvelles attentes des habitants. Il y avait donc un retard considérable à rattraper.

Jusqu’à l’apparition, en 2008, des espaces multimédia (600 postes déployés simultanément dans l’ensemble du réseau), les bibliothèques ne disposaient souvent que d’un seul accès Internet. Ni aucune offre de consultation sur place pour les CD ou la vidéo. On notait également un inconfort de travail autant pour les bibliothécaires que pour les usagers. Le tableau n’était pas aussi noir partout, des efforts considérables avaient été réalisés dans les établissements construits ou rénovés dans les années 80 ou 90.

A chaque nouveau mandat, la ville et les élus demandent à leurs services d’établir un programme. Lorsque Jean-François Jacques est arrivé en 2005 à la ville de Paris : il a reçu la commande pour établir un schéma directeur du développement des bibliothèques. Ce schéma devait sortir de la notion purement géographique, il s’agissait à la fois de prendre en compte le maillage du territoire avec des équipements répartis sur l’ensemble de la ville, mais également de manière un peu contradictoire, d’établir un programme type qui permettrait de construire un peu de frais en reproduisant un modèle.

Le schéma directeur donnait l’occasion de remettre le public au cœur des préoccupations dans le choix de la construction et des aménagements, mais aussi de définir de nouvelles priorités. Il s’agissait de sortir un peu du modèle du bon lecteur : un lecteur usager de nos documents, un lecteur silencieux, un lecteur solitaire, emprunteur, fidèle, etc. Mais il faut bien constater que le développement de ce schéma avait été contraint par le manque d’espace : le public ne pouvait rien faire d’autre que d’emprunter.

Cependant après un tassement des inscriptions et des prêts, le modèle de la bibliothèque de prêt avait perdu sa suprématie, et il fallu également prendre en considération les nouveaux modes de fréquentation, les nouveaux comportements, pratiques et usages des publics.

La demande des élus était d’obtenir des propositions pour satisfaire les habitants, en leur permettant d’avoir des éléments de décision pour trancher sur la faisabilité des projets : quelle est la bibliothèque type qu’il faut construire en terme de surface, de services, etc. Cette demande de programme type résultait aussi d’un désir d’économie pour ne pas faire faire cette étude par des programmistes extérieurs. Michel Jung qui précéda Francis Verger sur ce poste est allé chercher les données sociologiques, urbanistiques et architecturales en essayant de caractériser chacun des quartiers, afin de pouvoir préconiser une priorité de construction pour chaque localisation. Ces études se sont été réalisées en collaboration avec une association parisienne qui a fait un grand nombre d’études et récolté un grand nombre de données et avec la DPDI (Délégation à la Politique de la Ville et à l’Intégration). Il est apparu que dans les quartiers de la ville faisant l’objet d’un contrat CUCS (contrat urbain de cohésion sociale), il y avait des priorités de construction de bibliothèques. Trois équipements ouverts en 2008 : la bibliothèque Chaptal un ancien Hôtel particulier dans le 9ème arrondissement, la bibliothèque Marguerite Yourcenar dans le 15ème arrondissement (la plus grande bibliothèque aujourd’hui à Paris avant l’ouverture prochaine de la bibliothèque Marguerite Duras dans le 20ème) , et la bibliothèque Marguerite Audou.

Francis Verge détaille la question et contenu des programmes types.

La notion de programme type est une base de travail, c’est un petit document qui donne des orientations pour l’ensemble des futures bibliothèques. S’il est nécessaire, on ne s’en contente pas, on va lui adjoindre un programme plus culturel. Soit le directeur est déjà en place, soit plusieurs candidats peuvent présenter un projet lorsqu’il y a une construction qui est programmée.

Le programme type et le programme culturel donnent à l’architecte davantage d’orientations et d’indications quant au contenu et au fonctionnement de la future bibliothèque. Ces programmes ne doivent pas être simplement des projets techniques, ils doivent avoir aussi une âme, une intention politique également, celle du maire de l’arrondissement. Le public visé est non seulement celui qui vit dans le quartier, il y a aussi des publics de passage. C’est la cas de la future Canopée, projet de la future bibliothèque du Forum des Halles qui enregistre 800 000 passages / jour. Compromis : la bibliothèque doit aussi concerner les habitants du quartier.

Contenu des programmes types avec des orientations générales sur les bibliothèques :

  • Le dimensionnement des collections,
  • Les superficies,
  • Les caractéristiques techniques générales (les abords, la lumière, l’accessibilité, etc.) non spécifiques aux bibliothèques mais aux bâtiments publics.

A Paris, les collections tiennent une place très importante, il s’agissait donc de rééquilibrer les espaces de collections et les espaces de travail ce qui n’est pas facile à cause de la fréquente exiguïté des lieux

De nouveaux ratios : 40 documents / m2 (au lieu de 100 ou 120 comme souvent) et 100 places assises pour 1000 m2.

L’évolutivité des équipements : en essayant de ne pas trop cloisonner, en prévoyant un mobilier qui soit déplaçable [et donc à nouveau mobile :-)], en supprimant tout ce qui est contraignant et qui risquerait d’induire une fonction à un espace. Car si au bout de quelques années les orientations changent, la bibliothèque doit pouvoir s’adapter au bâtiment. Donc, des salles avec le moins possible d’espaces fermés.

On privilégie une répartition des collections : fiction / documentaires, plutôt que Jeunesse / Adultes, tout en gardant une salle petite enfance et une salle ou deux de travail (travail silencieux et/ou travail en groupe).

On prévoit également des espaces un peu isolés notamment pour les postes multimédia qui sont des postes individuels.

La question de la banque de prêt se pose : les automates de prêt ont été mis en fonction avec un certain succès. A la bibliothèque Truffaut, cela représente déjà une très forte proportion des transactions, soit 90 % du volume des prêts, les 10 % restant sont le résultat d’un problème technique de mauvais encodage.

Cette suppression de la banque d’accueil a des incidences pour les architectes qui tiennent absolument à avoir un point d’accueil. La demande est faite aux architectes de ne plus prévoir de mobilier massif et imposant. Ce qui reste encore un point d’achoppement.

Toujours à cause d’un problème de manque d’espace, les bibliothèques parisiennes sont construites sur plusieurs niveaux, la moyenne pour 10 plus grandes bibliothèques est de 4,4 niveaux avec un plateau moyen de 400 m2.

Intégration des bibliothèques dans un complexe architectural. Il y a beaucoup de ventes en état futur d’achèvement (VEFA) (voir l’article de Jean-François Jacques et de Maria Courtade) La canopée proximité avec un conservatoire (1000 m2 sur un seul niveau), la Halle Pajol est une auberge de jeunesse (ancien bureau des douanes, 1000 m2 sur 2 niveaux), et Bagnolet est un hôtel, dans ces projets, la bibliothèque n’est pas le seul bâtiment sur lequel l’architecte travaille. Un projet est toujours un compromis et une négociation avec l’architecte.

Jean-François Bagot présente la bibliothèque du Trocadéro

Jean-François Bagot situe la Bibliothèque dans une chronologie parisienne. On va fêter en 2009, le 150ème anniversaire (1859) de l’avènement de Paris dans sa forme actuelle : 20 arrondissements.

La bibliothèque du Trocadéro (16e) est l’héritière de la bibliothèque d’Auteuil Passy qui avait été installée dans la mairie en 1863, la situation perdure jusque dans les années 60, jusqu’à ce que Georges Pompidou qui fut le principal rénovateur de la lecture publique en France, créa en 1966 un groupe d’étude qui constata l’état calamiteux de la lecture publique en France. En 1968, les bibliothèques redeviennent municipales.

En 1969, 1ère réunion met en présence des bibliothécaires et des architectes et c’est le lancement d’une période de transformation profonde de la lecture publique à Paris. Le père fondateur de la lecture publique à Paris est Guy Baudin, lui et Michel Bouvy (à Cambrais) et Albert Ronsin (à Saint-Dié) ont renouveler le genre et ont fondé le modèle de la bibliothèque de secteur et de la bibliothèque telle qu’on l’imagine aujourd’hui : une bibliothèque qui est une médiathèque. Ils luttent contre le modèle élitiste et patrimonial d’antan, et voulaient vraiment une bibliothèque en rupture avec ce schéma-là.

Il s’agissait de faire des bibliothèques des mini maisons de la culture. L’ambition était autre que seulement prêter des livres.

En 1976, on ouvre une bibliothèque conçue par Jean Nouvel tout juste sorti de l’école d’architecture dans le 16e arrondissement. Celui-ci à mis en œuvre des conceptions novatrices : transformer un local de sous-sol destiné à devenir un parking en bibliothèque et faire sortir du Petit Palais des œuvres de peintres pompiers de la fin du XIXe siècle tombés en disgrâce. Un nouveau paysage de bibliothèque : avec un éclairage diffus. Depuis 1976, cette bibliothèque était devenu tristounette.

Les collections à l’ouverture en 1976  avait un volume 30 000 documents et la fermeture pour rénovation en 2003 elles avaient été gonflées à 90 000 documents, la bibliothèque était victime d’embonpoint. La bibliothèque telle qu’elle était conçue ne proposait pas d’autre alternative, faute de place que d’emprunter des livres ou de s’asseoir et de travailler. C’était devenu une caricature de bibliothèque. Il y avait aussi un jardin non entretenu dont l’état était devenu pitoyable. En 2003, c’est présentée l’opportunité de profiter du plan d’investissement pour Paris (2 millions d’€ d’investissement). Il ne s’agissait pas seulement de rénover mais de restructurer l’ensemble avec nouvelles exigences de la part du public : mobilité, avènement du document numérique, convivialité, lumière, valorisation des collections, etc.

Il fallait garantir de bonnes conditions de travail pour le personnel. L’architecte : « Je ne ferai rien qui contredira le code du travail ».

La bibliothèque devait remplir des conditions de stockage raisonné en limitant les collections (amaigrissement à 75 000 puis à 50 000 documents)

Accueillir des animations, expositions, heures du conte, formation

L’architecte a construit la bibliothèque autour du jardin de 400 m2 qui organise l’espace. Le couple de tourterelle sur le diaporama symbolise le jardin comme lieu privilégié de flirt pour les jeunes gens.

Le bâtiment a une originalité : pas besoin de signalétique, le lecteur se repère facilement.

Dans le cadre d’une rénovation, connaître déjà la bibliothèque a donner à l’équipe un poids suffisant face à l’architecte pour défendre des points de vue et faire opposition quand nécessaire sur le mode du « on était là avant vous. »

Bilan : aujourd’hui ce que veulent les lecteurs : davantage de place (problème encore non résolu), des horaires étendus, un personnel davantage disponible et chaleureux. Les bibliothécaires devraient fonctionner moins comme des professionnels de la profession et plus comme des amis, des conseillers des lecteurs, et avoir plus d’empathie et de connivence.

L’architecte Adam Yedid, est qualifié par la mission interministérielle de qualité des constructions publiques.

Maria Courdade présente la bibliothèque Marguerite Audou (3ème arrondissement)

Avant la bibliothèque Marguerite Audou, il y avait la bibliothèque Temple installée dans la mairie du 3ème depuis 1870. Au début des années 2000 la bibliothèque n’avait pas tellement changée par rapport à sa disposition d’origine : des rayonnages de bois qui montaient jusqu’à 3 mètres du sol, une grande table de travail, pas de chauffeuses.

C’était une bibliothèque à l’ancienne, une bibliothèque pittoresque qu’Eric Rohmer avait choisi comme décor d’un de ses contes. 30 000 documents entassés sur ses étagères dans un espace de  250 m2.

Constat : la bibliothèque était obsolète et dépassée. Il fallu chercher dans cet arrondissement ancien où le mètre2 est très cher, de nouveaux locaux. Le maire du 3ème a suivi le projet de très près.

En 2004, une opportunité s’est présentée : une opération immobilière de réhabilitation dans la rue Portefoin où il y avait beaucoup d’ateliers de doreurs. Par une procédure de VEFA, la Mairie de Paris s’est vue octroyée 1200 m2 pour faire une bibliothèque. Une VEFA génère beaucoup d’inconvénients pour les futurs occupants des locaux : impossible d’assister aux réunions de chantier. La bibliothèque construite sur trois plateaux (rez-de-chaussée, rez-de-jardin, 2ème sous-sol aveugle) dans d’anciens appartements et ateliers. L’architecte a dû répondre à 2 défis : apporter de la lumière dans un espace très cloisonné, avec de grandes baies vitrées en façade rue, et organiser deux plateaux autour d’un patio accessible depuis le rez-de-jadin, un escalier en colimaçon relie les trois niveaux.

Au rez-de-jardin, d’anciennes petites caves servaient d’ateliers, l’architecte a abattu les cloisons et en a fait une salle voûtée. Cet espace assez improbable est devenu l’espace le plus spectaculaire de la bibliothèque avec deux fonds thématiques : histoire du judaïsme, et vie ouvrière. Des murs blancs accrochent la lumière. L’organisation a été dictée par un certain nombre de choix bibliothéconomiques : décloisonnement des espaces et décloisonnement des collections : un étage pour la fiction (R-d-C), un étage pour les documentaires (R-d-J), chaque étage rassemblant les collections jeunesse et adultes. Aménagement de zones mixtes de loisirs et de travail sur place. C’est une bibliothèque de nouvelle génération qui a souhaité donner toute sa place aux espaces de circulation et de convivialité : des salons de lecture avec des chauffeuses également disposées dans des coins plus isolés.

Limitation des collections : la bibliothèque a rouvert avec un espace 4 fois supérieur mais avec le même nombre de documents que l’ancienne bibliothèque. Ces collections ayant été considérablement rajeunies. 30 000 documents à l’ouverture avec l’objectif de ne jamais dépasser le chiffre de 40 000.

La bibliothèque a été conçue pour répondre au défi du multimédia : réduction drastique des espaces dévolus aux usuels (dictionnaires) et a privilégié des espaces polyvalents modulables et non dédiés à des fonctions particulières (une salle pouvant servir à l’occasion de salle d’heure du conte, une autre salle pour l’apprentissage des langue / salle de projection de DVD, capacité 25 personnes)

L’intérêt de cette bibliothèque n’est pas la quantité des collections mais la variété de services proposés. Les lecteurs sont satisfaits de ce choix compensé par l’existence d’une réserve centrale commune au réseau des bibliothèques de la ville de Paris pour répondre aux demandes un peu plus spécifiques

Bilan de fonctionnement : ce qui fonctionne bien : les zones mixtes de lecture loisir adultes/adolescents. On voit jeunes et adultes sur les mêmes fauteuils lisant des revues. Ce qui est apprécié par les lecteurs c’est le sentiment d’espace et de circulation.

Certaines contraintes restent :

  • la plus importante est la localisation de la bibliothèque dans une rue relativement peu passante : pour l’instant seulement 14 000 prêts par mois, l’objectif fixé étant de 20 000 prêts en moyenne. Il y a donc encore un effort de conquête du public à faire.
  • Certaines collections sont dans des zones aveugles : comme les romans adultes.
  • Les murs blancs donnent aux lieux une certaine impersonnalité. Manque de couleurs qui pourraient rythmer la fonctionnalité les espaces.
  • Il manque également une vraie salle d’animation permettant de recevoir environ 80 personnes.

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