Motion contre la censure

L’Assemblée Générale de l’ABF du 12 juin 2009 a adopté la motion suivante :

La ville de Paris a demandé aux médiathèques municipales de retirer des bacs le dernier disque du rappeur Orelsan. Cette décision semble être la conséquence d’une polémique publique à propos d’un clip de ce chanteur réalisé il y a quelques temps, dont les paroles ont un caractère particulièrement dégradant pour l’image de la femme.
L’ABF exprime très fermement sa désapprobation devant ce cas de censure caractérisé, puisque l’œuvre incriminée ne tombe pas sous le coup de la loi, et réaffirme son opposition aux interventions politiques visant à empêcher la diffusion de la culture et de la création, notamment au sein des bibliothèques.

14 réponses à “Motion contre la censure

  1. Alptuna Françoise

    A l’AG de l’ABF, j’ai voté contre l’adoptin de cette motion avec quelques autres personnes, nous étions minoraitaires malheureusement bien que l’assemblée fut majoritairement composée de femmes !Pourtant une collègue de la Ville de Paris a affirmé n’avoir reçu AUCUNE instruction écrite ou orale visant à interdire ce CD ORELSAN dans leurs bacs , CD dégradant pour l’image de la femme et incitant à la violence contre elle. La censure soi-disant appliquée faisant l’objet de ce « scandale ABF » semble être orale et ponctuelle. Le bon sens des bibliothécaires et leur auto-censure logique pour une oeuvre d’art particulièrement dégradante suffisent et ont suffi à éliminer cette ordure. Cette levée de boucliers de l’ABF me semble particulièrement injustifiée. Alors, au nom de la non-censure devraient -elles aussi , ces bibliothécaires de la Ville de Paris acheter et exposer des livres pour les pédophiles incitant à la violence sexuelle?

  2. vraiment heureux que l’abf prenne clairement position contre toute forme de censure politique (position de fonds).

    Concernant Orelsan, c’est un très bon rappeur original, même si certains de ces propos portent les gens à polémiquer. Allez donc écouter TTc « dans le club » ou encore le fameux et célèbre « girlfriend »… Disques présents dans tout les bacs des médiathèques …..

  3. Question à Mme Alptuna : avez vous écouté le disque concerné ? Et avez-vous commencé par épurer votre structure de toutes les productions artistiques pouvant être considérées comme agressives vis-à-vis d’une catégorie ou l’autre de la population ?

  4. Girard sur l’affaire Orelsan : « Je récuse le mot ‘censure’. On ne choisit pas ce disque, tout simplement. » Ben voyons !
    Article complet ici : http://www.lejdd.fr/cmc/culture/200923/orelsan-censure-girard-s-explique_215591.html#close=1

  5. sauf que ici http://bibliothequepublic.blogspot.com/2009/06/la-ville-de-paris-sessuie-les-pieds-sur.html
    on apprend que les discothécaires ont sélectionné ce disque : http://b14-sigbermes.apps.paris.fr/userfiles/file/Musique/Mars09/09D10%20Reggae%20Rap.pdf

    et puis pour les vierges effarouchées qui n’ont rien compris comment on manipule leurs mignons sentiments, on apprend aussi que la chanson « mauvaise », elle est même pas sur le CD !
    la saction Opus Dei de l’ABF se ridiculise une fois de plus (par votre intermédiaire gentille françoise)

    • Par sa  » sanction Opus Dei, l’ABF se ridiculise une fois de plus » : mais non Uju, vous n’avez pas compris : l’ABF prend la pose du démocrate outragé pour mieux enfourcher son cheval de bataille libéral (le dimanche travaillé, entre autres). Ca donne le change. CQFD

      • « section » opus dei, dsl.
        (de plus, je suis pour l’ouverture des lieux culturels le dimanche (et contre l’ouverture des commerces ce même jour), marre de voir les gamins traînés d’ikea en cultura, mais c’est effectivement un autre débat, une question de « service » et de « public »).

    • @Uju

      Si vous ne fréquentiez pas Ikea etc. le dimanche, vous n’y verriez pas les gamins que vous plaignez. Etre « contre l’ouverture des commerces ce même jour » impose de ne pas y mettre soi-même les pieds.

      Quant à l’ouverture des bibs le dimanche : lorsque le démantèlement du droit du travail sera accompli (avec la caution de la bonne conscience de gauche) et que les salariés (notamment ceux du bas de l’échelle sociale) verront leur vie phagocytée par les diktats du capital, dites-moi qui ira ce jour-là en bibliothèque ? Réponse à cette fausse question : étudiants et classes moyennes. L’aubaine !!!

      Et quant aux arguments de fond sur la question – arguments d’ordre anthropologique -, votre perspective étriquée vous interdit de les envisager. Il est vrai que mesquinerie, conformisme et libéralisme (sous le masque du progrès social) constituent aujourd’hui, dans la profession, une doxa qui ne souffre pas la contestation. Vous êtes bien de votre temps, Uju, malgré vos protestations contre le texte, effectivement inepte, de l’ABF.

      Floreal

  6. Il me semble que le point essentiel n’est pas de savoir si l’album « Perdu d’avance » contient des propos sexistes, homophobes ou pouvant heurter la sensibilité des publics non avertis … mais bien de savoir si les élus ont le pouvoir de décider de retirer telle ou telle oeuvre, ceci pour des raisons politiques (qui me semblent ici être surtout électoralistes, mais c’est un point de vue personnel).

    Et c’est là que je suis scandalisée !!! (même si je suis une femme et que certains textes d’Orelsan m’interpellent, au-delà de la qualité musicale des chansons que je reconnais pleinement) Les élus ont-ils la légitimité nécessaire pour constituer des fonds ? (ils ont la légitimité démocratique mais ils n’ont pas les compétences professionnelles, essentielles pour comprendre qu’un fonds de service public n’a rien à voir avec une collection personnelle!) Le rôle des élus n’est-il pas d’établir, avec les bibliothécaires, les objectifs et les budgets alloués, sans intervenir ensuite sur la constitution des fonds ? A-t-on déjà vu des élus modifier des études techniques faites par des ingénieurs ? A-t-on déjà vu des élus modifier le diagnostic d’un médecin ? Tout ceci montre surtout que les élus n’ont pas conscience que la constitution de fonds équilibrés, adaptés à des publics et favorisant la découverte, nécessitent des compétences !

    A titre personnel, à toute forme de censure idéologique, je préfère le pluralisme (et là, il faut lire et relire les textes fondamentaux : manifeste de l’Unesco …). Le pluralisme permet à chaque individu d’avoir les outils intellectuels nécessaires à la construction de sa vision du monde, et donc permet de situer Orelsan dans son contexte … Je préfère offrir à un adolescent (ou un adulte) un large éventail de la création (musicale ou autre), ce qui lui permettra d’écouter les chansons d’Orelsan avec une oreille avertie, que de le laisser seul face à l’écoute (il ne faut pas se leurrer, les médiathèques n’ont pas le monopole de la diffusion musicale et ne l’ont jamais eu). Exclure Orelsan de nos médiathèques, cela ne revient-il pas à exclure une partie de nos publics ? L’image de nos médiathèques est déjà bien terne (temples du livre et du silence, où des bibliothécaires à chignons ou lunettes sont surtout là pour distribuer amendes et interdictions), ce n’est pas cette interdiction qui va l’améliorer …

  7. je suis surpris de certaines réactions ci-dessus, notamment celle de Mme Alptuna; il me semble qu’on confond plusieurs choses, et cela me paraît grave. La question n’est pas en l’occurrence, de savoir si les paroles de telle ou telle chanson sont insultantes pour les femmes ou n’importe qui d’autre : elles le sont en effet, mais il ne s’agit pas de cela ici; ce qui est en jeu, c’est la liberté que les bibliothèques peuvent avoir d’acquérir ce que bon leur semble, à partir du moment où, comme le rappelle le texte de l’ABF, un document, quel qu’il soit, n’est pas interdit à la vente. Voilà un point fondamental de déontologie, qui si on le respecte pas, autorise à toutes les dérives : aujourd’hui Orelsan, demain, la plupart des rappeurs dont les textes sont parfois plus violents que celui-ci (NTM!), après demain les oeuvres de Céline, au prétexte de se positions collaborationnistes … etc … c’est cela la mécanique de la censure …
    Il me semble bon de rappeler aussi
    1. que la chanson incriminée ne figure pas dans l’album « perdu de vue ».
    2. que les bibliothécaires qui ont du retirer ce disque de leurs bacs en ont bien reçu l’ordre expresse (que celui-ci ait été oral ou écrit ne change rien au fait au fait qu’il s’agit bien d’un acte de censure) ; quant à ceux qui affirment n’avoir reçu aucun ordre, c’est tout simplement parce qu’ils n’ont pas acheté ce disque !!

  8. Moi, je suis pour la censure. Sans refoulement, où irait-on ? Supposons, là, par exemple, que je ne m’auto-censure pas ; eh bien, toutes les conneries lues sur ce blog, je les sanctionnerais par une bordée d’insultes lancées en direction de celles et ceux qui les ont écrites. Heureusement, le censeur est là en moi qui veille et dit : « Ne traite pas les imbéciles d’imbéciles, même s’ils le méritent. Ca ne se fait pas. » Grâce à la censure : je reste courtois.

    Floreal

  9. Pingback: La résurrection de la censure… « DLog (supplt à www.lahary.fr/pro)

  10. Stella, entièrement d’accord avec toi. Ce disque est très bon, tout à fait représentatif de nos ados. Travaillant en bibliothèque je vais probablement l’inclure dans mon Top 5 des disques de l’année… si si! Pour une bibliothèque de vieilles grincheuses, retirez ce disque et ne venez pas vous plaindre après que les ados se foutent de la gueule de nos bibliothèques!!!

  11. Pingback: Dans le futur, les bibliothèques dernier rempart contre la censure ? « Le fil de la médiathèque

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