Comment renouveler la pratique associative à l’heure du numérique et des biblioblogs

Compte-rendu de l’atelier 5 – Congrès de l’A.B.F. – 21 Mai 2010

Intervenants :

Dominique Lahary – Membre de l’ABF

Lionel MaurelBiblioblog S.I.Lex, Membre de Creative Commons France, Membre du groupe des Hybrides de l’ABF et Conservateur à la BNF

Cécile Caillou-Robert – Responsable de Livre au Centre

Silvère MercierBibliobsession, travaille à la BPI, Membre du groupe des hybrides de l’ABF, Membre de l’ADBS

Pascal Wagner – Président de l’ABF

Les propos reproduits ci-dessous sont issus de prises de notes issues des échanges de cet atelier. Ils suivent l’ordre chronologique du débat.

Dominique Lahary : Pour aborder le contexte, la disparition de la liste de diffusion biblio-fr, considérée comme un outil et média collectif  a été vécue par beaucoup de professionnels comme un réel choc, et la question de son remplacement a été posée. Les biblioblogs ont à ce moment pris une envergure supplémentaire comme source d’informations à destination des bibliothécaires. C’est donc une transition d’un outil collectif vers une dissémination de supports individuels qui s’est produite.

Un second élément important a fait son apparition, parallèlement à l’émergence de ces solutions 2.0 dans l’érosion des adhésions aux associations professionnelles de la profession. On a donc vu apparaitre une nouvelle dynamique, partagée entre interventions personnelles sur des sujets professionnels dans ces biblioblogs et le rôle affirmé des associations professionnelles.

Lionel Maurel : Il ne se sentait pas concerné par biblio-fr et n’utilisait donc pas cette liste de diffusion pour récupérer des informations. Le déclic pour la création de son blog S.I.Lex s’est produit lors du débat sur la loi Hadopi, en réaction aux dangers qu’il entrevoyait pour les pratiques en bibliothèque.

S.I.Lex se spécialise donc dans les aspects juridiques (mais pas seulement) du monde des bibliothèques, la formation de juriste de Lionel Maurel permettant une analyse construite sur les évolutions légales en débat.

La question des portails filtrés, soulevée lors du débat sur la loi Hadopi, lui a permis par exemple, de rédiger un billet en réaction. Relevé par les associations professionnelles, ce texte fit consensus auprès de 17 associations (dont l’IABD) et devint un appel officiel à un amendement sur l’exception bibliothèque au sein de la loi, amendement voté.

Le blog est devenu une source d’informations pour les professionnels, mais également pour des journalistes, des juristes, voire des assistants parlementaires. Cela a eu pour conséquence de créer un réseau beaucoup plus large que celui des bibliothèques, et le débat est ainsi propagé bien au-delà.

Silvère Mercier : Le biblioblog reste une pratique privée, informelle et personnelle sur des sujets professionnels. Elle se différencie donc d’une association, dans laquelle l’interaction entre adhérents entraine une action commune.

Là où l’association reste une interaction entre personnes ayant les mêmes intérêts, le biblioblog est avant tout un outil d’échanges et une communauté informelle. Les deux sont donc des communautés de pratique, dans une idée du « faire ensemble », mais comment articuler les deux pratiques ?

Pascal Wagner : On observe un phénomène de déclin du nombre d’adhérents des associations professionnelles, mais elles doivent de toutes les manières continuer à exister pour rester une force de proposition face aux pouvoirs publics. Il est très important d’avoir une parole commune face aux partenaires.

Avec l’émergence d’un nouveau type de communautés (2.0) se pose la question de l’articulation de l’ensemble, quitte à modifier le fonctionnement des associations. Mais ce débat ouvert n’a pour le moment pas de réponse.

Concernant biblio-fr, il est intéressant de souligner que la liste de diffusion était critiquée quand elle existait et qu’elle est désormais regrettée depuis sa disparition, la responsabilité de la fin de biblio-fr est commune.

Les biblioblogueurs sont devenus les locomotives du train des bibliothécaires, mais il est important de faire en sorte de ne pas perdre de voyageurs sur le quai, et c’est une des responsabilités de l’ABF. En effet, le web 2.0 n’est pas forcément accessible de la même manière pour tous les professionnels, entre fracture numérique et manque de pratique.

Cécile Caillou-Robert : En revenant sur l’aspect personnel des blogs traitant de thématiques professionnelles, la question de l’interaction entre personnel et professionnel, remplaçant l’engagement associatif, est soulevée.

Public : Biblio-fr était une source d’information facile et quotidienne, le vide laissé par sa disparition ne parait pas comblé. Les blogs, dispersés, ne remplacent pas cette liste de diffusion, et paraissent plus obscurs pour des professionnels n’ayant pas une pratique aisée d’Internet.

Silvère Mercier : Un blog sert avant tout à récupérer des informations et à les centraliser par thématiques en apportant une plus-value rédactionnelle. Evidemment, ils semblent plus disséminés, mais des moyens techniques ont été mis en place, tels que le Bibliolab, des agrégateurs ou le Bouillon des bibliobsédés.

En fonction des usages, on peut ainsi utiliser soir le Bouillon, soit le nectar pour une synthèse des informations les plus relayées et validées. Ces services sont disponibles par fil RSS et par mail, la veille documentée devient donc plus simple et plus efficace.

Il est à noter l’investissement personnel des blogueurs pour faciliter l’accès à des contenus éparpillés sur le Web.

Mais comment partager et collaborer efficacement à l’heure du numérique ? Ne serait-ce pas un projet que l’ABF pourrait soutenir ?

Pascal Wagner : L’ABF a évidemment la volonté d’accompagner ces évolutions numériques, mais plusieurs difficultés ont été rencontrées dans la mise en place d’un tel projet, la principale restant le fait acté de la fin du bénévolat et le début de « l’ère du salariat » avec le recrutement d’un webmestre.

Dominique Lahary : La veille documentaire est importante et plurielle, de nombreuses initiatives existent comme Bibliofrance, ou les services proposés par l’ENSSIB. Il est évident qu’il devient difficile de s’y retrouver, la diffraction et la dispersion paraissant irrémédiables pour le moment.

Lionel Maurel : Le bouillon des bibliobsédés est un outil pratique, performant et gratuit, à l’heure où la thématique du congrès est « Et si on parlait d’argent ? ». La légèreté de ces outils dans leur structure devient un vecteur d’intérêt puissant. Ainsi, des archivistes ont repris l’idée de base pour créer Archiveille.

Pour information, le journaliste-blogueur de Novövision a récompensé en 2010 le Bouillon comme étant une des 10 meilleurs sources d’information sur le Web.

Cécile Caillou-Robert : Etant responsable de Livre au centre, l’idée de reprendre le potentiel de mise en réseau, d’échanges d’une communauté d’intérêt des biblioblogs a fait jour, mais avec une démarche plus « réelle » dans son principe. Il s’agit de créer un outil permettant de communiquer, et une communauté capable de se rencontrer et d’échanger, non plus en virtuel, mais bien en réel.

Une nouvelle dimension est apparue, à savoir celle de l’écriture en ligne (livres numériques, blogs spécialisés), comme un nouveau lieu de l’écriture.

La réflexion, étendue sur 2 ans, a portée sur une volonté d’intégrer le site Internet comme un réel outil de communication, de diffusion, de mise en réseau et de formation.

L’exemple de Cher Média a donc été suivi sur l’exploitation d’un potentiel de mise en réseau sur un territoire donné.

Le site Internet devient un média social complet, avec du contenu éditorial, alors que l’édition d’une revue papier devient difficile de part son coût.

Encore en phase de développement, le site nécessite le recrutement d’une personne (Community Manager) compétente qui aura la possibilité de l’alimenter sur du temps professionnel, dans l’objectif d’amener tous les acteurs du livre à collaborer (sachant que 1500 acteurs sont présents sur le territoire).

L’expérimentation avec des liens dans le réel nécessite une certaine compétence technique pour pouvoir organiser des rencontres, des formations de manière régulière, et cela n’est possible que sur un territoire à taille humaine, afin notamment de désenclaver les communes rurales et de lutter contre l’isolement culturel.

Public :

–     Le projet TouraineMedia a suivi CherMedia dans sa conception, en suivant la méthode de Nicolas Voisin, en offrant notamment une formation du public aux nouvelles technologies.

–         Qu’est ce qui fait la notoriété d’un blog

–         Comment passer d’un point de vue à la légitimité ?

Silvère Mercier : La légitimité découle de la pratique de points de vue personnels et d’observateur qui doivent être partagés et/ou débattus.

Le débat sur le traité ACTA en est un bon exemple, avec comme point de départ la convergence entre le point de vue sur ce traité et celui des associations professionnelles. Le texte sur ACTA, issu du blog, proposé aux associations a ainsi été validé par une majorité, et est devenu de part ce fait légitime.

Public : N’y a-t-il pas une difficulté à différencier l’aspect personnel de l’aspect professionnel au niveau de l’aspect juridique ?

Lionel Maurel : Il y a évidemment des problématiques sensibles, et il est indispensable de considérer les devoirs de réserve et de discrétion lors de la rédaction d’un billet, et cela constitue un exercice difficile. Il est important d’apporter un maximum de références publiques, et de ne pas inclure d’informations internes à sa propre structure.

Le blogueur étant également un citoyen, il faut pouvoir s’exprimer librement, mais en utilisant les mots adéquats. La légitimité vient ensuite du point de vue individuel au sens de la singularité.

La vie associative permet souvent de soutenir des positions avec plus de poids,  même si le blogueur apporte quelque chose d’unique sur un point précis. La légitimité dépend bien évidemment également de la régularité des billets du blog.

Dominique Lahary : Pour revenir sur les obligations, il y a bien le devoir de réserve (concernant les opinions personnelles) et le devoir de discrétion qui limitent les prises de position personnelles. Mais même si le web offre une vitrine exacerbée et une liberté supplémentaire, les billets sont très majoritairement réfléchis et écrits bien en amont de leur publication. Ce sont rarement des réactions immédiates.

La loi 90/9/1 est présentée, à savoir que sur un média, 90% des utilisateurs le consultent, 10% y contribuent de temps en temps et seulement 1% y consacrent énormément de temps et de contribution. Il s’agit d’un schéma immuable, et important à encourager même si les contributeurs restent minoritaires voire marginaux.

Silvère Mercier : Les associations sont des moyens de pression extrêmement importants, et elles doivent se positionner sur des problématiques larges.

Pascal Wagner : Le devoir des associations est évidemment de faire fonctionner tous les échelons de la participation et de les faire interagir entre eux.

Public : Que seront les blogs dans 5 ans ? Les réseaux sociaux prendront-ils le relais ?

Cécile Caillou-Robert : Il faut expérimenter, même en ne sachant pas de quoi l’avenir sera fait. Il est nécessaire d’être dans le processus d’initiative.

Silvère Mercier : Les blogs existeront toujours demain, et les médias sociaux seront complémentaires. Bibliobession date de 5 ans, et les pratiques ont déjà évolué. L’interaction ne se fait plus sur le site mais ailleurs.

Lionel Maurel : Il est vrai qu’on observe un tarissement des biblioblogs, voire même leur disparition à cause des réseaux sociaux. Twitter permet de retrouver des informations beaucoup facilement et rapidement que beaucoup de sites spécialisés.

Publicités

3 réponses à “Comment renouveler la pratique associative à l’heure du numérique et des biblioblogs

  1. Pingback: Tweets that mention Comment renouveler la pratique associative à l’heure du numérique et des biblioblogs « Le Congrès de l'ABF 2010 -- Topsy.com

  2. ZZZZzzzzz

  3. Si, si, c’était très intéressant 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s