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Atelier 8 : accessibilité des territoires numériques ou comment devenir un crapaud fou !

Alors que les bibliothèques veulent se mettre à l’heure du web 2.0 les relations entre bibliothécaires et  leurs services informatiques ne sont pas toujours au beau fixe.

Cet atelier réunissait  bibliothécaires et directeurs informatiques autour de la problématique adéquation entre les besoins des bibliothécaires d’accéder à toutes les ressources de l’Internet pour remplir leurs missions d’information et de partage auprès de leurs publics et les accès souvent bloqués pour des raisons de sécurité par les services informatiques de leurs collectivités.

En effet, comment concilier les légitimes stratégies de sécurité des réseaux et des données que mettent en œuvre les directions informatiques des collectivités et la souplesse nécessaire à l’usage de ces nouveaux outils ?

Franck Queyraud, en présentant les différents intervenants,  salue pour leur  courage,  Gaëtan Rouyer, chef de projet à la DSI du Conseil Général du HautRhin,  et Alexandre Garcia, responsable de l’antenne informatique des bibliothèques municipales et des écoles de la Ville de Limoges,  d’avoir accepté de se retrouver  face à une assemblée de bibliothécaires.

Lionel Dujol, Responsable Département Multimédia de Romans sur Isère et membre du groupe « ABF bibliothèques Hybrides », en admirable conteur,  commence par mettre en avant, à travers l’histoire savoureuse de la théorie du  crapaud fou, les qualités parfois  nécessaires au bibliothécaire pour accéder à la planète web : un zeste de folie, un zeste d’inventivité et un léger soupçon  d’insubordination …

« Les crapauds fous ce sont ces batraciens qui, en suivant une direction différente du reste du groupe lors des périodes de reproduction, risquent une fin certaine Mais ce sont ces mêmes crapauds qui, allant dans une mauvaise direction, explorent de nouveaux territoires, assurant parfois la survie de l’espèce

Chez les humains, on observe parfois des comportements comparables : Christophe Colomb, Léonard de Vinci, Newton, n’ont-ils pas été considérés comme fous par leurs contemporains parce qu’ils semblaient prendre la « mauvaise direction » ? En réalité, ils ont ouvert à l’humanité des voies nouvelles qui lui ont permis de progresser et peut-être de survivre à ses erreurs ».(source :  Pierre de la Coste)

Voir aussi le billet de Lionel sur son crapoblog : « La bibliothèque apprivoisée »

Puis après avoir incité les bibliothécaires à devenir à leur tour  des crapauds fous, Lionel Dujol  donne quelques  exemples concrets de ces contenus de bibliothèques disséminés sur le web et encore trop souvent  inaccessibles.

– la bibliothèque  de Brest et  sa  démothèque musicale  qui propose d’entrer en contact avec les artistes locaux via l’outil myspace. Si, je tape myspace: couac

– celle de Toulouse  qui est sur facebook  pour annoncer de nombreux évènements… si je tape facebook :  re-couac

– Certaines  bibliothèques ont mis des tutoriels ou des conférences sur video : il manque les plug- in nécessaires pour les lire et leur  installation m’est  interdite

D’autres exemples de contenus inaccessibles :  cyberlibris, deezer…

Retour à la mission classique du bibliothécaire, celle d’accompagner et d’aider l’usager en lui apportant un esprit critique.

Dans un espace multimedia, celui-ci a accès a ces nouveaux outils qu’il ne maîtrise pas toujours. Le bibliothécaire aimerait  alors jouer le rôle du super héros qui contrôle tout et se retrouve bien souvent dans la peau d’un héros du siècle passé.

Cependant  si nous rencontrons autant de difficultés à nous faire comprendre par nos services informatiques c’est sans doute que nous ne savons pas leur expliquer nos besoins.

Gaetan  Rouyer, chef de projet à la DSI du Conseil Général du HautRhin, intervient à son tour pour  faire le point sur les relations entre bibliothécaires et services informatiques et  affirmer qu’il est incontestable de pouvoir donner de l’information aux usagers qu’elle que soit sa forme.

Alors  pourquoi tant de restrictions ?

-L’ Informatique au quotidien c’est :

 un parc existant de matériel :  PC, serveurs etc.. à faire fonctionner

un parc de logiciels dont le taux de disponibilité attendu est de 100%

des interactions à gérer

une protection à assurer  contre les risques: externes et internes (stabilité du réseau et conflits entre les applications : installer la dernière version de Real Player peut engendrer une incompatibilité)

les mises à jour des postes de travail

l’installation des nouveaux logiciels et la mise à jour des existants

Si plusieurs personnes regardent des videos en même temps, la connexion adsl est réduite

Tester l’ensemble des applications avant installation

Gestion des failles de sécurité :  parmi les petits logiciels gratuits beaucoup sont malveillants

La politique de sécurité  est donc  mise en place pour éviter ces mésaventures.

La Dsi reste le garant du système de tous et doit cependant accompagner les utilisateurs dans leurs projets en suivant les évolutions rapides des nouvelles technologies.

C’est pourquoi les bibliothécaires doivent avoir une demande forte et  un projet construit.

L’idéal étant d’avoir un chef de projet  qui soit l’interface entre le demandeur (bibliothécaire) et la direction des services  informatiques.

Il cite en exemple le projet de portail de lecture publique du Haut Rhin (w.calice68.fr) qui a pu voir le jour  après une étude préalable des choix informatiques les plus judicieux à faire en fonction des besoins spécifiques évoqués.

Alexandre Garcia , responsable de l’antenne informatique des bibliothèques municipales et des écoles de la Ville de Limoges, explique que grâce à une organisation différente, les relations sont plus faciles :

La DSI civile a en charge les réseaux, tandis que la BFM a un réseau spécifique  et ses propres serveurs .

4 réseaux différents à la bibliothèque : 1 pour les professionnels, 1 pour les espaces publics numériques, 1 pour le WiFI, 1 pour les OPAC

et des réseaux fibre optique en interne dans toutes les bibliothèques y compris les annexes.

« Le réseau de la bibliothèque peut planter, le reste de la ville ne s’en apercevra pas », ce qui n’est pas les cas dans la plupart des municipalités .

L’atout principal est la proximité du service informatique .

Cependant, des problèmes subsistent comme l’impossibilité d’ accéder à certains sites hébergés avec d’autres sites qui sont sur listes noires .

 

Une discussion s’engage avec les participants autour du manque flagrant  de communication entre DSI et bibliothécaires.

Lionel Dujol reprend l’idée du « porteur de projet » qui serait une sorte de « modem » entre ces deux interlocuteurs.

La dernière intervention, celle de Christine Perrichon, directrice de la lecture publique à la BDP du Cher, apporte une bouffée d’espoir et de bonne humeur en présentant le projet Chermedia qui est une parfaite illustration de ce que peuvent faire des bibliothécaires qui appliquent la théorie du crapaud fou.

L’idée est venue du besoin de créer un outil de partage d’expression et d’accompagnement à la maîtrise des outils du web pour tous les dépositaires du département.

Et « comme pour comprendre, il faut faire ». Ils ont fait, malgré le manque de moyens, de temps et en bravant quelques interdictions, un site où chacun peut apporter sa pierre à l’édifice commun.

Leur blog est consulté dans 107 pays et a 170 contributeurs.

Il y a un rédacteur en chef par rubrique et une fois par mois, tous les dépositaires se retrouvent pour une réunion de travail.

Des progrès énormes ont été réalisés par tous dans l’appropriation des savoirs numériques depuis la création du portail.

Lionel Dujol souligne que la question du temps est très importante , et qu’à Romans sur Isère, on a inscrit le temps consacré à la rédaction de contenu dans le profil de poste de chacun.

En conclusion , Franck Queyraud rappelle que le web est collaboratif et inscriptible . Les enfants qui sont des digital natives sont en plein dedans et les bibliothécaires que nous sommes ne  peuvent pas se contenter de les regarder faire .

D’où l’importance de se former , d’avoir accès sans restriction aux outils.

Une solution serait peut-être  de se faire inviter en tant que bibliothécaires dans les  clubs  des DSI et autres journées d’études pour entamer un dialogue élargi pour expliquer notre travail et nos besoins « professionnels ».

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